Transition et démarches médicales

chrysalide

EDIT (23.10.2016): L’article ci-dessous est en cours de ré-écriture, certains conseils peuvent être pratiques pour les personnes en transition MTF et FTM, mais soutiennent des idées problématiques (cissexistes, sexistes, binaristes, médicalistes et pathologisantes…).

Il existe autant de façon de transitionner que d’individus, les étapes indiquées ici font référence au parcours dit « classique ». Certaines personnes peuvent ou non avoir besoin de prendre un traitement hormonal, faire des chirurgies, transitionner socialement, adapter leur expression de genre…

Malheureusement pour avoir un accès aux traitements liés à une transition médicale ou au changement d’état civil, certaines des étapes décrites ci-dessous peuvent être requises.

Nous opposons à tout prérequis de traitement médical ou de diagnostic pour pouvoir transitionner, modifier nos corps et obtenir la reconnaissance légale de nos identités (changement d’état civil).

Dans la pratique, cela se passe encore parfois comme décrit ci-dessous, mais de plus en plus de médecins (et certain-e-s juges) deviennent plus progressistes et n’exigent plus forcément toutes ces étapes. Cela ne fait référence à aucune loi, et les les recommandations Standards de soins WPATH sont devenues plus souples, bien que critiquables sur certains aspects. (nous vous conseillons de lire ce document afin de mieux appréhender toutes ces démarches).

Le suivi psy’

Votre parcours de transition commencera en général par des entretiens avec un-e psychiatre ou psychologue (qui devrait travailler en délégation avec un-e médecin psychiatre). La-e psy’ fera une attestation (ou un diagnostic), qui permettra d’aller plus loin. Cette étape est souvent requise par les professionnels de la santé afin de vous permettre d’obtenir les traitements médicaux, hormonaux, chirurgicaux, et que ceux-ci puissent être pris en charge par l’assurance maladie. L’attestation (diagnostic) sert aussi à appuyer les changement d’état civil.

Les professionnels de la santé et la société se basent (ou devraient) en général sur les Standards de soins WPATH dans leur approche du traitement des personnes transidentiraires.
Il s’agit surtout pour le corps médical de s’assurer de votre consentement éclairé, que vous êtes bien conscient-e des implications sociales, légales, physiques et psychologique d’une telle démarche, et que vous vivez bien une problématique transidentitaire.

Des entretiens avec un-e psy’ éclairé-e et sensibilisée aux questions trans* peut aussi vous aider à vous soutenir psychologiquement, faire le point sur vos besoins, votre questionnement sur votre genre, et vous aider à vous préparer aux difficultés, conséquences sociales et médicales d’un tel parcours.

Le « test de vie réelle »

Le test de vie réelle ne devrait pas être imposé par la-le psy’ pour obtenir l’accès au traitement hormonal. Ce n’est plus obligatoire selon les standards de soins WPATH.

Par le passé, l’approche habituelle des praticien-ne-s avant d’aller plus loin était de demander à la personne concernée d’effectuer ce qu’on appelle un « test de vie réelle », à savoir que vous allez devoir vivre dans le genre souhaité pendant une période définie.

Vous commencerez alors à vivre dans le « sexe opposé » en vous habillant comme tel-le, en vous comportant comme tel-lle.

Vous pouvez tout à fait commencer cette démarche d’expérience de vie réelle dans le genre souhaité bien avant un suivi psy’, si vous en ressentez le besoin, et cela peut grandement faciliter la période d’évaluation psychologique. Selon les situations, et les recommandation des Standards de soins WPATH, « le test de vie réelle » ne doit plus obligatoirement se faire avant une prise d’hormones, même si dans les faits, encore trop des psychiatres l’imposent. Vous êtes tout à fait en droit de refuser de vous plier à cette « requête », si votre situation sociale, familiale ou professionnelle la rend compliquée. Vous avez le droit de commencer votre transition avant cette « étape », et d’attendre que les changements physiques soient suffisamment avancé, et votre situation personnelle suffisamment stable, pour faire votre coming out.

Pour grandement améliorer le succès de cette étape et votre intégration dans votre genre de destination, et éviter les situation délicates, il est conseillé d’apprendre déjà à modifier votre apparence, votre voix et votre comportement au préalable, afin de pouvoir être perçue au yeux des autres comme une personne de votre genre (votre identité de genre). (cf. chapitres suivants voix, épilation et comportement).

L’expression de genre

La voix

Les conseils données ci-dessous sont des stéréotypes de genre, cependant, ils peuvent vraiment aider des personnes trans dans le cadre d’une transition MTF (homme vers femme) ou FTM (femme vers homme). En effet lorsqu’on n’est pas perçu-e comme de notre genre (cis-passing, passer pour une personne cis -non trans), nous courrons plus de risques de nous faire discriminer, mégenrer et que l’on invalide notre genre.

La voix

Pour les MTF (male to female, homme vers femme), il est également préconisé d’apprendre à travailler sa voix pour pouvoir parler dans un timbre plus féminin, car les hormones féminines ne changent pas la voix une fois qu’elle a muée. Ceci peut prendre du temps : il faut réapprendre à parler.
Il est possible de suivre des séances chez un phoniatre, ou logopédiste, pour améliorer votre voix féminine (remboursé par l’assurance maladie de base).
Un bon exercice peut-être d’essayer d’imiter différentes voix de femmes que vous entendez parler à la télévision ou la radio. S’il faut monter le ton de la voix dans la hauteur, il ne sert à rien d’essayer de parler avec une voix trop aiguë, à force, vous vous abîmerez les cordes vocales et surtout cela sonnera faux et caricatural. (au niveau tonalité, le plus raisonnable est de trouver un entre deux entre la voix typiquement masculine et la voix féminine). La voix s’exerce, et petit à petit vous arriverez à monter dans la tonalité de manière plus naturelle sans forcer.
Ce qui est beaucoup plus important que la hauteur de voix, c’est l’intonation. Pour une intonation de voix perçue comme féminine, la ponctuation, l’émotion et l’emphase se fait avec une différence plus importante dans la hauteur de voix entre les notes graves et les aiguës, un léger côté chantonnant dans la façon de parler. La façon de parler est aussi plus douce. Pour une voix perçue comme masculine, la tonalité reste plus monocorde, la ponctuation et l’emphase se font surtout par la force employée dans la prononciation des syllabes. Il y a des femmes qui parlent avec une voix aussi grave que les hommes, pourtant on les perçoit comme des voix de femme, c’est surtout une histoire d’intonation.

Pour les personnes FTM (female to male, femme vers homme), les mêmes conseils que ceux indiqués ci-dessus s’appliquent à l’inverse, mais un grand avantage est que les hormones masculine vous feront très probablement muer, donc votre voix va s’aggraver toute seule, ce qui facilitera considérablement la tâche d’apprendre à parler avec une « voix d’homme ».

Le comportement

Vous créez la beauté avec votre attitude, votre comportement, vos actions« Vous créez la beauté avec votre attitude, votre comportement, vos actions ».

Outre le fait de travailler sa voix, il est aussi possible de modifier ses comportement afin d’être perçu-es dans votre genre, comme par exemple: la façon dont vous parlez et exprimez vos idées (par exemple pour une femme: choix d’un vocabulaire moins direct, moins grossier, façon d’exprimer ses idées plus nuancée, avec plus d’émotions), la façon dont vous vous tenez, vous marchez, vous vous asseyez, apprendre à choisir des vêtements qui vous vont bien et ne vous font pas remarquer. Attention cependant à ne pas adopter des comportements et expressions de genres trop stéréotypés et trop exagérés. Par exemple, une erreur courante pour les MTF est de vouloir paraître trop féminine, ce qui peut ne pas être adapté à votre personnalité, ni à votre physique, et vous faire ressembler à une caricature de la femme (par exemple drag queen, transformistes et travestis).

Observez et essayer d’apprendre des femmes et hommes que vous croiserez dans la vie. Il y a des milliards de façon d’être femme, homme, ou n’importe quel intermédiaire entre les deux, trouvez-vous la votre, mais s’inspirer au début peut vraiment vous aider à faire des progrès. Le plus important c’est de paraître naturelle et authentique.

Épilation définitive

Pour les personnes MtF il sera probablement nécessaire d’effectuer une épilation définitive de la barbe car les hormones ne la font pas disparaître. Ce traitement se fait par épilation laser ou électrique, chez un médecin dermatologue, et prend environ entre 1 à 2 ans. Il est souvent conseillé d’avoir déjà commencé l’épilation définitive avant la prise d’hormones, pour prendre de l’avance, car le traitement est long, et celui-ci bien entamé facilitera grandement votre vie en tant que femme. Vous pouvez également la commencer bien avant votre « test de vie réelle », ce qui facilitera d’autant plus cette expérience et votre intégration dans le genre souhaité, cependant, il faut bien être sûre de votre choix, car l’épilation définitive va réduire définitivement votre barbe.

Le traitement traitement hormonal

Attention ! : Ne jamais prendre de traitement hormonal sans être suivi-e par un médecin compétent! Un traitement hormonal sans suivi médical ou inadéquat peut faire des dégâts très graves au niveau de votre santé, voire même devenir fatal.

Les hormones sont prescrites habituellement par un médecin endocrinologue, après avoir fait un bilan de santé sur divers paramètres. En général, les médecins ne prescriront pas de traitement hormonal sans avoir l’avis d’un psychothérapeute qui confirme que vous avez besoin d’un tel traitement pour cause de dysphorie de genre.

Pour les personnes transitant d’homme vers femme, les MtF, la prise d’hormones féminines, les œstrogènes (pouvant être accompagnée ou non d’un anti-androgène, pour faire baisser les hormones masculines), va modifier votre apparence en la rendant plus féminine: développement de la poitrine, répartition des graisses plus féminine (visage, fesses et hanches), diminution de la pilosité, adoucissement des traits du visage et diminution de la masse musculaire. Les hormones féminines ont aussi souvent tendance à vous rendre plus sensible et émotive. La façon dont vous ressentez votre désir sexuel peut changer considérablement.

Pour les personnes transitant de femme vers homme, les FtM (female to male, femme vers homme), la prise d’hormones masculine, la testostérone augmentera votre pilosité, votre masse musculaire, votre voix deviendra plus grave et les traits de votre visage deviendront plus masculins. La façon dont vous ressentez votre désir sexuel peut changer considérablement (en général une augmentation de la libido).

Il est très important que vous sachiez que le traitement hormonal est irréversible après six mois lorsque les testicules et les ovaires s’atrophient, que la pilosité augmente et que la voix se modifie (pour les femmes devenant hommes), que la poitrine se développe.

Chirurgies

La dernière étape, si vous le souhaitez et que cela s’avère réalisable, consiste en l’opération de réassignation sexuelle et éventuellement d’autres opérations qui permettront de conformer votre apparence à votre identité de genre.

– Pour les MtF, l’opération consiste à pratiquer l’ablation de l’appareil génital externe mâle et à la reconstruction d’une vulve et d’un vagin.
Après l’ablation des testicules et du corps caverneux, le «néo-vagin» est tapissé par la peau du pénis, parfois avec une greffe de scrotum (pour plus de profondeur vaginale, y penser sérieusement si le sexe d’origine est de petite taille). Les grandes lèvres sont obtenues à partir du scrotum, les petites lèvres à partir des tissus provenant du pénis, et le «néo-clitoris» a pour origine les tissus du gland dont l’artère principale et le nerf ont été conservés.
L’opération dure au minimum entre quatre et cinq heures. Cette opération, quand pratiquée par les meilleurs chirurgiens spécialisés en la matière à un très haut taux de réussite, avec une apparence physique et esthétique très proche d’un sexe féminin naturel et une sensibilité qui peut permettre d’atteindre l’orgasme.
Parfois, quand les hormones féminines n’ont pas permis de développer suffisamment la poitrine, les MtF font aussi une augmentation mammaire.
Parfois également, quand les traits du visages ne sont pas suffisamment féminins pour avoir l’apparence d’une femme (souvent à cause de la structure osseuse du visage liée à un squelette masculin), certaines MtF ont recours une (ou plusieurs) chirurgie de féminisation faciale.
Pour les opérations d’augmentation mammaire ou de féminisation faciale, il est conseillé d’attendre quelques années sous hormones avant de les entreprendre, car bien souvent, les changements physique et la féminisation obtenus par ce traitement peuvent être tout à fait suffisants et satisfaisants.

– Pour les FtM, la première opération importante consiste à pratiquer l’ablation de la poitrine.
Pour la réassignation sexuelle, on procède à la construction du pénis, la «phallo plastie», qui est réalisée par autogreffe de tissus prélevés sur en général l’avant bras, incluant, des veines et les nerfs cutanés qui sont reliés aux nerfs génitaux pour obtenir une sensibilité comparable à celle d’un pénis originel.
Les lèvres sont cousues afin de créer un «néo-scrotum», qu’il est ensuite possible de remplir de prothèses en silicone.
Il faut compter au moins huit ou neuf heures pour cette intervention qui mobilise plusieurs chirurgiens expérimentés.
Certains FtM qui ne souhaitent pas de phallo-plastie effectuent une ablation de l’appareil génital féminin interne, ou «hystérectomie».

Prise en charge par l’assurance maladie (LAMAL)

La plupart des traitements médicaux et chirurgicaux de base nécessaires pour une transition sont couverts par l’assurance maladie de base à savoir la psychothérapie, le traitement hormonal, les rendez-vous avec divers médecins, l’épilation de la barbe, l’ablation de la poitrine chez les FtM, parfois l’augmentation mammaire chez les MtF, et la chirurgie de réassignation sexuelle (« changement de sexe »), du moment que celle-ci est effectuée dans en Suisse et dans un hôpital public.

L’opération de réassignation sexuelle est une opération qu’on ne peut faire qu’une fois dans sa vie, qui comporte des risques, qui est extrêmement importante pour votre vie future et votre santé. Elle est relativement peu courante en Suisse, ce qui fait que les chirurgiens qui la pratiquent en hôpital publique suisse n’ont pas forcément une expérience aussi grande que les meilleurs chirurgiens spécialisés dans ce domaine à travers monde.
Pour quelque chose d’aussi important, et avec son lot de risques et de complications potentielles, il peut être judicieux d’envisager de la pratiquer chez les chirurgiens les plus expérimentés, les plus compétents et les plus réputés possibles, quitte à le payer de sa poche.
Pour le moment nous n’avons pas connaissance de personnes transidentitaires qui ont pu se faire prendre en charge par l’assurance de base pour une telle opération à l’étranger ou en hôpital privé. Malgré cela, nous ne pouvons que vous encourager à essayer de monter un dossier pour demander à votre assurance maladie de couvrir cette opération à l’étranger. Les couts réels peuvent être moindres que ceux pratiqués en Suisse pour une qualité souvent supérieure en terme de résultats et une diminution des risques de complications significative.

Cependant, le risque zéro n’existe pas en chirurgie et même le « meilleur chirurgien au monde » peut avoir des opération qui se passent mal (cela ne dépend pas forcément que de sa performance mais aussi de la manière dont votre corps réagit).