{"id":3370,"date":"2020-06-30T08:23:26","date_gmt":"2020-06-30T07:23:26","guid":{"rendered":"https:\/\/association360.ch\/trans\/?p=3370"},"modified":"2020-06-30T08:30:23","modified_gmt":"2020-06-30T07:30:23","slug":"brooklyn-secret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/association360.ch\/trans\/brooklyn-secret\/","title":{"rendered":"Brooklyn Secret"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image alignwide size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"694\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/association360.ch\/trans\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/06\/Brooklyn-secret-694x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3371\" srcset=\"https:\/\/association360.ch\/trans\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/06\/Brooklyn-secret-694x1024.jpg 694w, https:\/\/association360.ch\/trans\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/06\/Brooklyn-secret-203x300.jpg 203w, https:\/\/association360.ch\/trans\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/06\/Brooklyn-secret-768x1134.jpg 768w, https:\/\/association360.ch\/trans\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/06\/Brooklyn-secret-1041x1536.jpg 1041w, https:\/\/association360.ch\/trans\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2020\/06\/Brooklyn-secret.jpg 1084w\" sizes=\"(max-width: 694px) 100vw, 694px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le contexte politique des \u00c9tats-Unis n\u2019a surement \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 personne depuis quelques ann\u00e9es, et une partie de l\u2019industrie cin\u00e9matographique nord-am\u00e9ricaine (ind\u00e9pendant-e-s ou non) encre ses films dans ce contexte politique. Dans\u00a0<em><strong>BROOKLYN SECRET<\/strong><\/em>, il s\u2019agit du r\u00e9cit d\u2019Olivia, une jeune femme philippine transgenre qui vit \u00e0 Brooklyn sans papiers, travaille comme soignante aupr\u00e8s d\u2019Olga, une femme \u00e2g\u00e9e russe. De part la situation d\u2019Olivia en tant qu\u2019immigr\u00e9e, et de part d\u2019\u00eatre transgenre, le film d\u2019Isabel Sandoval est \u00e9minemment politique. D\u2019autant plus que la cin\u00e9aste incarne elle-m\u00eame le r\u00f4le d\u2019Olivia, avec qui elle a beaucoup de points communs (expliqu\u00e9 par la cin\u00e9aste dans des interviews). Le long-m\u00e9trage n\u2019est pas tout \u00e0 fait un cri (que ce soit de col\u00e8re, de rage, d\u2019alerte, etc), mais un geste o\u00f9 il s\u2019agit de prendre la parole. L\u2019objectif \u00e9tant de cr\u00e9er une communication entre plusieurs personnes d\u2019origines diverses (USA, Philippines, Russie) et de lier toutes les paroles dans un m\u00eame espace\u00a0: New York. On pense un peu au merveilleux documentaire\u00a0<em>IN JACKSON HEIGHTS<\/em>\u00a0de Frederick Wiseman, qui rassemble plusieurs paroles et cultures dans un m\u00eame espace r\u00eav\u00e9 commun. Le mouvement d\u2019Isabel Sandoval est le m\u00eame, prenant la direction d\u2019une jonction entre les paroles. Puis, \u00e0 l\u2019instar du documentaire de Wiseman, il y a un dysfonctionnement. Celui o\u00f9 tout n\u2019est que d\u00e9sillusion, o\u00f9 tout n\u2019est qu\u2019imaginaire. Ainsi, l\u2019espace film\u00e9 ne renvoie pas d\u2019unit\u00e9 avec la parole, o\u00f9 il y a constamment une fronti\u00e8re entre la parole et l\u2019espace de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>La merveilleuse id\u00e9e d\u2019Isabel Sandoval est de ne jamais \u00eatre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre de la fronti\u00e8re. Sa protagoniste Olivia est constamment au c\u0153ur m\u00eame de cette fronti\u00e8re. Car elle travaille, vit et a une vie sociale dans cet espace. Mais son statut d\u2019immigr\u00e9e sans papier cr\u00e9e aussit\u00f4t une fragilit\u00e9, o\u00f9 elle doit saisir l\u2019instant en \u00e9tant alerte \u00e0 la parole discriminatoire et oppressante que l\u2019on peut entendre \u00e0 la radio (et dans la bouche d\u2019un ami d\u2019Alex, le petit-fils d\u2019Olga pour qui Olivia travaille).&nbsp;<em><strong>BROOKLYN SECRET<\/strong><\/em>&nbsp;trouve sa force dans la r\u00e9sistance silencieuse d\u2019Olivia, qui continue calmement sa vie quotidienne, alors qu\u2019elle pourrait partir. Les images sont toujours d\u2019une grande douceur, elle-m\u00eame qui contient les sensations et les \u00e9motions brutes des personnages Olivia, Alex et Olga. Les images ne pouvaient pas \u00eatres dures et cruelles, elles se devaient d\u2019\u00eatre m\u00e9lancoliques comme cela, pour que les d\u00e9sirs se m\u00e9langent au silence. La m\u00e9lancolie fait \u00e9cho \u00e0 la parole&nbsp;: le cadre pos\u00e9 regarde avec impuissance des personnages accabl\u00e9s, fatigu\u00e9s, coinc\u00e9s par cette parole angoissante hors-champ. La m\u00e9lancolie fait aussi \u00e9cho aux espaces, o\u00f9 la photographie ne cesse d\u2019\u00e9voquer une certaine sensualit\u00e9. Le d\u00e9sir est partout, pas uniquement dans le propos politique. Il est aussi dans ce geste d\u2019avoir le droit \u00e0 la romance, de croire \u00e0 la possibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9rotisme. De cette mani\u00e8re, Isabel Sandoval montre que la fiction (les d\u00e9sirs) renvoie directement au r\u00e9el&nbsp;: la connexion entre humain-e-s, peu importe le genre et les origines.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un regard distant de la violence physique et parl\u00e9e, Isabel Sandoval cr\u00e9e des corps vuln\u00e9rables. Sa mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s sobre, laissant alors appara\u00eetre les \u00e9motions les plus brutes de ses personnages. L\u2019objectif \u00e9tant pour Isabel Sandoval de laisser les espaces \u00e0 ses personnages, de les laisser s\u2019exprimer autant que possible, de laisser le mouvement se satisfaire du naturel. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 des corps na\u00eet dans la distance entre la parole et l\u2019espace, na\u00eet dans cette fronti\u00e8re o\u00f9 l\u2019isolement est m\u00e9lancolique mais in\u00e9vitable. Si l\u2019angoisse et l\u2019inqui\u00e9tude, ainsi que l\u2019amiti\u00e9 et l\u2019\u00e9rotisme, peuvent tous \u00e9merger \u00e0 l\u2019image, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne sobre qui n\u2019a pas de cadre.&nbsp;<em><strong><a href=\"https:\/\/www.onlike.net\/cinema\/critique-film\/brooklyn-secret\/\">BROOKLYN SECRET<\/a><\/strong><\/em>&nbsp;montre des espaces isol\u00e9s, secrets, intimes, mais dans ces int\u00e9rieurs les attitudes et les regards renvoient toujours \u00e0 un m\u00e9lange de fiction et de r\u00e9el. Ce serait donc cela, le vrai message politique&nbsp;: comment on peut toujours d\u00e9sirer dans des espaces o\u00f9 la parole cr\u00e9e sans cesse des fronti\u00e8res. Un film m\u00e9lancolique, vibrant et sensuel.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><strong><em>BROOKLYN SECRET (Lingua Franca)<\/em>&nbsp;;<\/strong><br><strong>\u00c9crit et Dirig\u00e9 par Isabel Sandoval&nbsp;;<\/strong><br><strong>Avec Isabel Sandoval, Eamon Farren, Lynn Cohen, Ivory Aquino &nbsp;;&nbsp;<\/strong><br><strong>\u00c9tats-Unis \/ Philippines&nbsp;;<\/strong><br><strong>1h34 ;<\/strong><br><strong>Distribu\u00e9 par JHR Films&nbsp;;<\/strong><br><strong>1er Juillet 2020<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Veuillez trouver l&rsquo;article original en cliquant sur le lien <a href=\"https:\/\/www.onlike.net\/cinema\/critique-film\/brooklyn-secret\/\">https:\/\/www.onlike.net\/cinema\/critique-film\/brooklyn-secret\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le contexte politique des \u00c9tats-Unis n\u2019a surement \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 personne depuis quelques ann\u00e9es, et une partie de l\u2019industrie cin\u00e9matographique nord-am\u00e9ricaine (ind\u00e9pendant-e-s ou non) encre ses films dans ce contexte politique. 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