Après Lana, Lilly Wachowski fait son coming-out trans!

Les Wachowski sont maintenant les sœurs Wachowski! Lilly Wachowski, co-réalisatrice de The Matrix avec sa sœur Lana, fait son coming-out avec un titre volontairement sensationnaliste, qui dénonce en parodiant le genre de gros titres dont la presse est tellement friande, dans un communiqué au Windy City Times. Elle dénonce la façon dont sont traitées les personnes trans dans les médias, notamment les dangers du outing, et critique les législations anti-trans et la binarité de genre.

Lilly et Lana Wachowski
Lilly et Lana Wachowski

La réalisatrice Lilly Wachowski, dont la sœur Lana avait déjà fait son coming-out (le fait de révéler sa transidentité) trans en 2012, explique qu’elle a dû à son tour annoncer publiquement sa transition après avoir vécu des menaces de se faire outer (le fait que quelqu’un révèle publiquement qu’une personne est trans) par différents médias people. Il faut rappeler que la presse people avait déjà fait courir des rumeurs sur la transition de Lana avant que celle-ci l’annonce officiellement.

Les sœurs Wachowski ont réalisé nombreux films à succès comme la trilogie The Matrix, Bound (un polar lesbien), Cloud Atlas, V for Vendetta et aussi récemment l’excellente série Sense 8, qui met notamment en scène une héroïne trans intéressante, jouée par Jamie Clayton, une actrice trans.

La déclaration de Lilly Wachowski:
Windy City Times, 8 mars 2016

“CHANGEMENT DE SEXE CHOC – LES FRÈRES WACHOWSKI SONT MAINTENANT SŒURS!!!”

C’est le gros titre auquel je m’attendais depuis une année. Jusqu’à maintenant, avec crainte et/ou les yeux roulants d’exaspération. La “nouvelle” a failli sortir deux fois. Chacune était précédée par une email menaçant de mon agent – Les reporters demandaient des déclaration concernant l’histoire sur “la transition de genre d’Andy Wachowski” qu’ils étaient sur le point de publier. En réponse à ces menaces d’outing contre ma volonté, j’ai préparé une déclaration qui est composée d’une part de pisse, une part de vinaigre et 12 parts d’essence.

Elle avait de de nombreux éclaircissements politiques pertinents concernant le danger d’outer des personnes trans, et des horreurs statistiques sur le suicide des personnes transgenres et les taux de meurtres. Sans oublier une conclusion très sarcastique qui “révélait” que mon père avait injecté du sang de mante religieuse dans ses bourses avant de concevoir chacun de ses enfants pour produire une race de super femmes, déterminées à la domination féminine. Ok, super sarcastique.

Mais ce ne s’est pas passé. Les éditeurs de ces publications n’ont pas imprimé une histoire qui était seulement salace en substance et aurait pu peut-être avoir un effet potentiellement fatal. L’optimiste que je suis était heureuse de mettre ça sur le dos du progrès.

Hier soir, en me préparant à sortir pour dîner, on a sonné chez moi. A ma porte, un homme que je ne reconnaissais pas. “Ça risque d’être un peu étrange” a-t-il dit avec un accent anglais. Je me rappelle avoir soupiré.

C’est parfois difficile d’être optimiste.

Il a commencé par expliquer qu’il était un journaliste du Daily Mail, qui est un des plus grands services de presse au Royaume-Uni et n’était absolument pas un tabloïd (NLDR: format de journal plus compact, souvent associé à la presse à scandale). Et qu’il fallait vraiment que je prenne le temps de parler avec lui demain ou le jour suivant ou la semaine d’après, pour me prendre en photo et pour raconter mon histoire, qui était si inspirante! Et que je ne voudrais vraiment pas que quelqu’un du National Enquirer me suive partout, n’est-pas? Au fait – Le Daily Mail n’est vraiment pas un tabloïd.

Ma sœur Lana et moi-même avons toujours globalement évité la presse. Je trouve que parler de mon art est d’un ennui frustrant et que parler de moi-même est une expérience mortifiante. Je savais qu’à un moment donné j’allais devoir faire mon coming-out publiquement. Vous savez, quand vous vivez en tant que personne trans c’est… plutôt difficile se se cacher. Je voulais juste – j’avais besoin d’un peu de temps pour mettre les choses aux clair dans ma tête et me sentir à l’aise.

Mais apparemment, je n’ai pas à décider de ça. Après qu’il m’ait donné sa carte, j’ai fermé la porte et commencé à réaliser d’où j’avais entendu parlé du Daily Mail. C’était l’organisme “d’actualités” qui avait joué un grand rôle dans l’outing publique de Lucy Meadows, une enseignante à l’école primaire et femme trans au Royaume-Uni. Un éditorial dans le “pas-un-tabloïd” l’a diabolisée en tant qu’influence néfaste pour l’innocence délicate des enfants et avait résumé “Il n’est pas seulement piégé dans le mauvais corps, il est dans le mauvais emploi”. La raison pour laquelle j’avais entendu parler d’elle n’était pas parce qu’elle était transgenre, c’était parce que 3 mois après la sortie de l’article du Daily Mail, Lucy s’est suicidée.

Et maintenant les voici, à ma porte d’entrée, comme pour dire-

“En voilà un autre! Sortons-les dehors comme ça on pourrait tous les voir!”

Être transgenre n’est pas facile. Nous vivons dans un monde où la binarité de genre est imposée par la majorité. Ce qui veut dire que quand vous êtres transgenre, vous devez faire face à la dure réalité de vivre le reste de votre vie dans un monde qui est vous est ouvertement hostile.

Je fais partie des chanceuses. J’ai le soutien de ma famille et j’ai les moyens d’avoir des médecins et thérapeutes qui m’ont donné une chance de pouvoir survivre à ce processus. Les personnes transgenres sans soutien, moyens et privilèges n’ont pas ce luxe. Et beaucoup ne survivent pas. En 2015, le taux de meurtres de personnes transgenres a atteint un record dans ce pays. Et un nombre horriblement disproportionné des victimes étaient des femmes trans de couleur. Celles-ci n’étaient que les homicides enregistrés donc, parce que les personnes trans ne correspondent pas à l’étroite binarité de genre dans les statistiques des taux de meurtres, ça veut dire que les vrais nombres sont plus haut.

Et même si nous avons fait un long chemin depuis Le Silence des Agneaux, nous continuons d’être diabolisés et calomniés dans les médias où des campagnes agressives nous décrivent comme des prédateurs potentiels pour même nous empêcher d’utiliser des fichues toilettes. Les soi-disant lois de toilettes (bathroom bills) qui apparaissent un peu partout dans ce pays ne mettrons pas les enfants en sécurité, elles vont forcer les personnes trans à utiliser des toilettes où elles pourront être battues et assassinées. Nous ne sommes pas des prédateurs, nous sommes des proies.

Alors ouais, je suis transgenre.

Et ouais, j’ai transitionné.

Je suis out avec mes amis et ma famille. La plupart des gens au travail le savent aussi. Tout le monde est cool avec ça. Oui, grâce à ma fabuleuse sœur ils sont déjà passé par là, mais aussi parce que ce sont des gens fantastiques. Sans l’amour et le soutien de ma femme, mes amis et ma famille, je ne serai pas là où j’en suis aujourd’hui.

Mais ces mots, “transgenre” et “transitionner” sont difficiles pour moi parce qu’ils ont tous les deux perdu de leur complexité dans leur assimilation par l’opinion majoritaire (mainstream). Ça manque de nuances dans le temps et l’espace. Être transgenre est quelque chose qui est majoritairement compris comme le fait d’exister à l’intérieur des extrémités dogmatiques homme et femme. Et le fait de “transitionner” donne un sens d’effet immédiat, un avant et un après, d’un extrême à l’autre. Mais la réalité, ma réalité c’est que j’étais entrain de transitionner et je continuerai à transitionner tout ma vie, à travers l’infini qui existe entre homme et femme tout autant que l’infinité entre la binarité de zéro et un. Il faut élever le dialogue au delà de la simplicité de la binarité. La binarité est une fasse idole.

Actuellement, la théorie de genre et la théorie queer blessent mon petit cerveau. Les combinaisons de mots, comme le freejazz, résonnent de façon décousue et dissonante dans mes oreilles. Je désire une compréhension pour les théories de genre et queer, mais c’est un combat tout autant que c’est un combat pour comprendre ma propre identité. J’ai une citation dans mon bureau de José Muñoz que m’a donnée un bon ami. Je la fixe du regard en la contemplant en essayant parfois de déchiffrer son sens, mais la dernière phrase résonne en moi:

“La queeritude (NLDR: queerness – le fait d’être queer) est essentiellement à propos du rejet d’un ici et maintenant, et une insistance pour un autre monde potentiel”.

Alors je vais continuer d’être une optimiste et je rajouterai sur mes épaules le lutte sisyphéenne (NLDR: un travail sans fin) du progrès et dans mon véritable être, être un exemple pour la possibilité d’un autre monde.

Lilly Wachowski

librement traduit
source: « Second Wachowski filmmaker sibling comes out as trans ».  Windy City Times. 8 mars 2016.

 Le coming out de Lana Wachowski en 2012

Lors de son coming-out en octobre 2012, Lana Wachowski a reçu un Visibility Award (prix de la visibilité) de Human Rights Campaign (Campagne de Droits Humains). Lana Wachowski en a profité pour prononcer un discours de 25 minutes très émouvant et teinté d’humour dans lequel elle témoigne de ses difficultés de s’accepter, s’affirmer et vivre en tant que personne transgenre. “Quand j’étais jeune, j’aurais voulu pouvoir m’identifier à quelqu’un comme moi. (…) J’ai commencé à croire les voix dans ma tête qui me disaient que j’étais un monstre, que j’étais folle, qu’il y avait quelque chose qui clochait avec moi. Que je ne pourrais jamais être aimée.” Dans un article du Hollywood Reporter elle déclarait: “Il y a des choses qu’on fait pour soi-même, mais d’autres qu’on fait pour les autres. Je suis ici parce que quand j’étais jeune, je voulais être écrivaine, je voulais être réalisatrice de film, mais je ne pouvais trouver quelqu’un qui soit comme moi dans ce monde et je ressentais que mes rêves étaient impossibles simplement parce que mon genre était moins normal que celui des autres. Si je peux être cette personne pour quelqu’un d’autre, alors le sacrifice de ma vie privée pourrait avoir de la valeur”.

Lors de El Gala en 2014, elle déclarait “Je ne laisse pas mener ma vie par la peur, mais par la gratitude”.

Un article sur le coming-out de Lana Wachowski: sur 360°