Manif’ Transgender day of remembrance 2015 (TDOR)

TDOR Transgender Day of Remembrance - Journée du souvenir trans*La Transphobie tue !

C’est avec beaucoup de tristesse que nous prenons connaissance de 271 meurtres de personnes trans* recensés dans le monde depuis une année. Un nombre en nette augmentation depuis l’année dernière, où 226 meurtres avaient été recensés. Cela fait une personne trans* assassinée toutes les 29h partout dans le monde! Le plus souvent dans des conditions particulièrement sordides et inhumaines, régulièrement accompagnés de violences sexuelles et de torture. Une proportion importante de ces meurtres sont commis sur des personnes trans* racisées, qui ont un taux de risques d’agression 4 fois plus élevé. Les prostituées sont également particulièrement touchées, avec un taux de 64% de ces meurtres. Beaucoup de femmes trans* dans le monde n’ont malheureusement pas d’autre choix que d’avoir recours à la prostitution comme moyen de subsidence, car l’accès à l’éducation, ou à une formation professionnelle, ainsi qu’à un emploi leur est rendu souvent impossible.Chaque année, des milliers de personnes trans* sont victimes de violences, dont des centaines de meurtres, du fait que leur identité, ou expression de genre, ne correspond pas aux normes binaires de genre.

C’est pourquoi nous organisons une manifestation de commémoration des victimes et pour dénoncer les violences transphobes, vendredi 20 novembre 2015, à 18h30, rue du Mont-Blanc (zone piétonne), pour la 3è année à Genève.

La Journée du Souvenir Trans*, Transgender Day of Remembrance (TDOR), se tient internationalement le 20 novembre et est célébrée dans de nombreuses villes et pays. Elle commémore les personnes trans* qui ont été assassinées, le plus souvent pour cause de transphobie, c’est-à-dire la haine, le rejet ou la peur des personnes trans*, et elle veut attirer l’attention sur les violences endurées par les personnes trans*. Cette manifestation a également pour but de démontrer la nécessité de reconnaître légalement les crimes de haine contre les personnes trans*, afin qu’ils soient recensés, condamnés et que la société dans son ensemble prenne des mesures efficaces pour lutter contre les violences et les discriminations transphobes.

Les personnes trans* sont particulièrement vulnérables face aux discriminations et aux crimes de haine, du fait que leur apparence peut se voir comme non conforme aux identités strictement binaires d’homme et de femme, et les attentes sociales liées à ces identités. En résulte des risques importants pour ces personnes de subir des réactions de mépris, d’intolérance, d’incompréhension, de harcèlement, d’humiliation, de haine et d’agression. Ces violences, bien que spécifiques, s’entrecroisent avec le sexisme, l’homophobie et le racisme.

Ce nombre d’homicides de personnes trans* est très probablement bien en dessous de la réalité : ce ne sont que les cas recensés par un nombre restreint d’organisations dans un nombre restreint de pays. La difficulté de recensement de ces meurtres est accrue par la non reconnaissance sociale, institutionnelle et juridique des identités trans* et des violences transphobes. La transphobie n’est pas reconnue comme motif de crime de haine par les autorités et l’identité de genre des victimes n’est pas pris en compte tant qu’elles n’aient pas pu modifier leur état civil. Ce qui fait qu’un nombre important de meurtres de personnes trans* sont par conséquent invisibles. De nombreuses personnes trans* sont poussées en marge de sociétés qui ne les reconnaissent pas et sont ainsi mises en situation de clandestinité et d’exclusion, ce qui fait que beaucoup de ces meurtres ne sont même pas connus; ni par des proches, ni pas les autorités.

Les discriminations dont sont victimes les personnes trans* sont largement répandues, mais invisibilisées, ignorées, voire parfois encouragées. Les personnes transgenres sont très souvent victimes de harcèlement, de violences physique, sexuelles et psychologique, ainsi que de crimes de haine. Elles ont de grandes difficulté d’accès à l’emploi, au logement et aux services de santé. De graves violations des droits humains se produisent en matière de reconnaissance juridique de leur identité genre, puisque les procédures correspondantes exigent encore souvent la stérilisation comme conditions à cette reconnaissance. La sensibilisation du grand public aux défis auxquels les personnes trans* sont confrontées est largement insuffisante.

Il faut signaler que la discrimination liée à l’identité de genre n’est toujours pas reconnue en Suisse, ni dans la nouvelle constitution genevoise :

  • L’Art.15-2 de la Constitution genevoise sur l’égalité inclut un principe de non-discrimination lié à l’orientation sexuelle. Le principe de non-discrimination lié à l’identité de genre ne fut malheureusement pas retenu lors des séances en plénière, malgré les efforts répétés de la Fédération genevoise des associations LGBT et des élu-e-s de la FAGE à l’Assemblée constituante.
  • Au niveau Suisse, une initiative PS valaisanne propose de compléter la norme antiraciste (article 261 bis du Code pénal) afin de l’étendre à la discrimination basée sur l’orientation sexuelle, mais ne fait pas mention de l’identité de genre.

Le fait de faire passer des lois qui reconnaissent les discrimination fondées sur l’orientation sexuelle sans mentionner l’identité de genre passe une fois de plus sous silence les violences endurées par les personnes trans*, et manque également de cibler une des raisons principales de l’homophobie: la transgression des normes de genre. Souvent, lorsqu’une personne (présumée) homosexuelle subit des violences, elle les subit en raison de sa non-conformité à ces normes, aux attentes liées à son genre et à son expression de genre. C’est pourquoi faire reconnaitre la discrimination basée sur l’identité de genre et l’expression de genre est non seulement capital la pour prévention des violences transphobes, mais aussi pour la protection de toutes les personnes LGBTIQ (lesbiennes, gays, bi-e-s trans*, intersexes et queer) et aussi les hétéros.

L’identité de genre concerne beaucoup plus de monde que les seules personnes trans*: l’identité de genre est la liberté pour chaque personne de se définir, vivre et s’identifier selon son ressenti intime, en dehors des contraintes normatives de genre. Certaines personnes cisgenres (non-trans*) subissent aussi des discriminations à caractère transphobe du fait de leur expression de genre, ou de leur physique (par exemple une femme perçue d’apparence masculine ou un homme jugé efféminé), elles sont le plus souvent présumées homosexuelles ou transgenres.

Le rapport de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance montre que la Suisse ne prend pas encore ces problèmes suffisamment au sérieux. Les discriminations à l’encontre des personnes trans* qui touchent à la personnalité sont vastes, que ce soit en médecine, en psychiatrie ou encore dans le domaine du changement de prénom et/ou d’état civil.

La Suisse s’est engagée au printemps 2015 a lutter contre la discrimination des personnes trans*. Le 29 avril 2015, le Conseil fédéral a décidé d’approuver la Déclaration d’intention de La Valette : la première consacrée explicitement aux droits humains des personnes trans* et intersexes, elle combat toute forme d’exclusion liée à l’expression de genre et à la non-conformité aux stéréotypes de genre. Cette déclaration, complète une recommandation du Conseil de l’Europe, datant déjà de 2010, qui appelait à prendre des mesures concrètes de lutte contre les discriminations des personnes LGBTI. La Confédération s’est par ailleurs vanté dans un communiqué officiel de «poursuivre son engagement contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre».

Pourtant, nous attendons toujours une réponse politique et des mesures concrètes en adéquation avec ces belles déclarations d’intention!